La nuit ne s'est pas encore retirée, elle traîne son velours bleu foncé aux fenêtres du levant. Descendre dans la douce pièce, y boire le bonheur de son eau fraîche sans réveiller personne, c'est si bon de dormir, de s'enfuir loin de tout le bruit que font les hommes à se haïr. C'est bien dans la cuisine le chaud, l'alchimie simple et précieuse de la vie, c'est bien dans la cuisine les mères, les nourrissons, c'est bien en ce cœur rempli d'odeurs, saveurs, qui se donnent les tendresses, les caresses de nourriture, gamelles, vaisselles, bavardages, confitures chansons de chaque journée jamais fermée... Tournent, tournent les danses en boucles d'or à l'inverse de la mort. C'est bien la cuisine pour pleurer ses chagrins de gamins, de gamines, rires et cris mêlés, onomatopées... Jamais la cuisine ne dort, matrice à toute heure pour nos frêles corps. C'est bien en elle que nous pouvons tranquillement traînasser les savates du temps, redevenir enfants, rêvasser gourmands, mais aussi parlementer projets, boulots, se laisser aller, ouvrir des fenêtres, les fermer, ronchonner et promettre s'affaler et renaître entre un journal et du cliché bancal, marmonner, ricaner, blaguer les arpions écartés, se balader sur des chaises, poser sa tête sur la toile cirée bien à l'aise Foutaises de la journée pellicule forcenée labeur, horaires, plein le dos ! Enfin balancer son ballot ! Elsa Berg , Intervallles, Cairn éditions. 1990
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