Il y a eu un accord sur le Brexit. J’espérais le contraire. Dans la logique des choses, les autorités britanniques ne devraient pas accepter ma demande de résident permanent. Donc je travaille à ma série de vidéos qui complète ce que je n’avais jamais fait. Cet après-midi, je donnerai un cours de math à une élève dont la religion ignore Noël. Dans Londres la cosmopolite, où tout se mêle, c’est commun. Ce soir, je travaillerai sur le prochain épisode de ma série. Bref, un Noël de révisionniste militant. Je ne me plains pas de cette vie, au contraire : je l’aime. Les fêtes de famille m’ennuyaient, car les conversations des adultes m’apparaissaient sans intérêt. Quand j’étais plus jeune, je me souviens de conversations intéressantes. Un jour, ainsi, les gens de ma famille s’étaient opposés sur la bande dessinée : certains jugeaient que l’image toute faite entravait l’imagination de l’enfant ; d’autres affirmaient le contraire. La discussion était très intéressante et très enrichissante. Puis, les années passant, ce genre d’échange disparut. J’ai vu mes proches devenir « politiquement corrects », c’est-à-dire éviter soigneusement les sujets sensibles. A la fin, j’en venais même a me demander s’ils avaient des opinions sur ces sujets sensibles… Parfois, en « facho » provocateur, j’essayais de lancer une discussion : mais immédiatement, et d’une façon quelconque (une blague, une événement extérieur…), la conversation changeait de sujet. On retombait dans des échanges sur le coût de la vie, les vacances, les derniers cancans… Affligeant : qu’étaient devenus ces adultes qui, auparavant, échangeaient sur des sujets bien plus intéressants ? Ils étaient à l’image de la société. Mais n’était-ce pas la société qui reflétait leur image ? J’ai beaucoup réfléchi sur ce problème. Quoi qu’il en soit, les dernières fêtes de familles, je les passais à jouer avec les enfants : le carton de la bûche de Noël devenait un château fort, la salière et la poivrière deux tours de garde, les fourchettes des catapulte et les morceaux de sucre les boulets. « A l’assaut » ! » Puis la maîtresse de maison nous virait dans le jardin… Là, on improvisait une partie de gendarmes et de voleurs (de policiers de la pensée contre les révisionnistes). Mais de la fenêtre, une maman s’écriait : « Ne vous salissez pas ! » « Ne vous salissez pas ». Un ordre qui, du physique passe au domaine intellectuel. « Ne vous salissez pas » devient : ne souillez pas votre conscience citoyenne, ne dépassez pas les frontières imposées par la pensée unique, organisez-vous une petite vie « propre ». Très peu pour moi. Ce monde n’est pas le mien. Mon monde, il s’est effondré en 1945. Je travaille à sa réhabilitation pour espérer qu’un jour, des générations futures le reconstruiront. Voilà pourquoi depuis ce matin, je travaille sur ma prochaine vidéo, avant de reprendre après mon cours de math. Pour le reste, je fais confiance en la Providence, quoi qu’il arrive. Je vous souhaite un Joyeux Noël.

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